Pressions et manipulations sur témoins

L’affaire TERRASSON est d’abord un dossier de basse police. Au centre de l’enquête, l’officier de police judiciaire Patrick LAURENT. Ce fonctionnaire zélé avait à l’évidence des ordres très précis. Pour prendre autant de libertés avec les faits et la procédure judiciaire, il faut être couvert. Dans les œuvres de basse police de cet exécutant, il y a ce qui se fait de mieux : des comptes-rendus d’écoutes truquées et manipulées, des pressions et intimidations sur les témoins sommés de dire ce que le policier voulait entendre sous peine d’être enfermés. Des propos injurieux et diffamatoires sur la moralité de certains des co-accusés, dans le but d’ébranler les personnes appelées à témoigner. Des manipulations de téléphones hors procédure. Ces méthodes dignes de la STASI ont été utilisées dans le cadre de commissions rogatoires délivrées par des magistrats français.

Le ministère de l’Intérieur ne pouvait malheureusement prévoir que son agent en basses besognes allait tomber fou amoureux d’une jeune femme qu’il venait de mettre en garde à vue. Au point d’en perdre la tête. Pour séduire cette jeune femme, rien ne l’arrêtera. Il va ainsi l’accabler de coups de téléphone et de SMS dès la fin de sa garde à vue afin de lui laisser le choix entre le prolongement de ses ennuis judiciaires ou une réponse positive à ses propositions. Il va ensuite mettre en garde à vue son ami, menaces et chantage à l’appui. Enfin, bricoler leurs téléphones portables.

La victime de ce qu’il faut appeler un harcèlement, en dépit de son désarroi et de l’impossibilité de conserver trace des innombrables messages de harcèlement téléphonique, a eu le réflexe de déposer auprès d’un huissier les 11 SMS envoyés par Patrick L. entre le 29 janvier et le 8 février 2007, immédiatement après sa garde à vue.

Cela commence par le sympathique message du policier à la jeune femme qu’il vient d’interroger : 

Un bonjour pour te souhaiter bon courage. A bientôt en espérant de tes nouvelles. Bises. Patrick. (29 janvier 8h12)

Qu’il invite à le tutoyer :

Tu ne devais pas oublier le vous ? Allez. Bises. (29 janvier 8 h 18).

En témoignant son impatience de renouer le contact :

Peux-tu me téléphoner si tu en as envie ? (29 janvier 18h47)

Mais aussi ses attentes :

Dis-moi. Si j’ai bien saisi, tu ne peux pas encore parler de moi comme ton futur copain ? Si c’est ça je suis flatté et impatient. Je t’embrasse. (30 janvier 20h35)

Les réticences de la jeune femme conduisent le policier modèle à changer de ton et d’attitude. On ne résiste pas à un soupirant investi de la force publique :

Pour me faire pardonner d’avoir été trop franc, je t’embrasse. A bientôt. (30 janvier 21h32)

L’OPJ, voyant que la douceur ne suffit pas, va en effet employer des moyens plus virils. Il est vrai que l’objet de sa passion n’est pas libre. Elle a un ami, cible naturelle de la jalousie du policier, qui avec un peu d’imagination peut devenir un utile moyen de pression.

C’est ainsi que l’ami en question se retrouve lui aussi en garde à vue. Le graveleux se transforme du coup en sordide quand Patrick L  transmet à la jeune femme le message suivant alors que l’homme qu’elle aime se trouve dans les geôles de la P.J :

Si tu n’as pas eu C…, je pe te donner des news. Dis moi quand je pe  te tél. (31 janvier 19h40)

Dans ce nouveau contexte, notre OPJ tente à nouveau sa chance le lendemain avec des souhaits de bonne nuit :

1 bonsoir du marchand de sable. Si tu veux me parler, laisse moi un texto. Bises et peut-être à tout de suite. (1e février 21h29)

Même si parfois un fugace remords devant le désarroi de sa victime l’amène à écrire :

Bonne nuit et encore pardon (6 février 21h56)

Patrick L. n’arrivant pas à ses fins en dépit de tous ses efforts, il repart à la charge en tentant de monnayer quelques informations sur ses investigations concernant son compagnon et elle même:

Si tu veux des news de moi, j’ai des choses qui te concernent ; (7 février 18h38).

La jeune femme et son ami s’apercevront que pendant la garde à vue leurs téléphones ont été manipulés. Des numéros ont été effacés, d’autres rendus inaccessibles pour interrompre leur relation. Compte tenu des appels de Patrick L., ils sont persuadés qu’ils sont sur écoutes. Le harcèlement continue, Patrick a la passion tenace.  L’ami de la jeune femme appellera alors le policier en lui demandant d’arrêter ce manège et en le menaçant de tout révéler à sa hiérarchie. La réponse ne se fait pas attendre: la jeune femme est immédiatement mise en examen par la juge d’instruction qui couvre ainsi son officier de police judiciaire. La procédure est une fois de plus détournée pour masquer la vérité. Une magistrate utilise la mise en examen pour couvrir la faute lourde d’un fonctionnaire assermenté placé sous sa responsabilité.

Tous ces faits révélés à l’audience correctionnelle en première instance ne modifieront en rien le regard du tribunal. Début juin 2011, le commissaire de l’inspection générale de la police Nationale, Emmanuel KIEHL, conduira une enquête sur ces faits. Malgré les demandes répétées de la défense, la justice refuse de communiquer cette pièce, pourtant centrale pour qualifier les différents actes de la procédure. La même logique persiste au palais bordelais: étouffer la vérité.

A partir de là une question se pose à la hiérarchie policière et judiciaire de notre pays : dans cette affaire, qui sont les vrais délinquants ?

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